C’est l’histoire d’une boulangerie. Une très vieille boulangerie, reconnue pour la qualité de son pain.
Son chiffre d’affaires annuel s’établit à 219 000 euros par an, ce qui la hisse au rang des boulangeries les plus en vues de la ville. La progression de ce chiffre d’affaires est de l’ordre de 1 à 3 % par an, ce qui n’est pas exceptionnel mais malgré tout acceptable.
Seulement, au fil du temps, le patron de cette boulangerie, vieillissant, s’est reposé sur ses acquis. Il n’a pas souhaité développer, contrairement à ses concurrents voisins, une activité de traiteur, pourtant très rentable. Il n’a pas davantage imaginé de nouvelles pâtisseries.
Pire encore, ce patron s’est montré particulièrement laxiste dans la gestion de son entreprise : augmentations de salaires excessives, sur-effectif, sur-investissement matériel, travaux de rénovation inutiles... Cette boulangerie doit débourser plus de 294 000 euros par an pour maintenir son activité. Au final, donc, elle enregistre une perte de 75 000 euros, ce qui représente un tiers de son chiffre d’affaires annuel.
Si l’on approfondit l’analyse du bilan de cette boulangerie, on constate un endettement de près de 2 millions d’Euros.
Dire que la situation financière de cette entreprise n’est pas tenable est un euphémisme. Cette boulangerie, à l’évidence, est en perdition. Aucun gestionnaire au monde, aussi brillant soit-il, ne saurait rétablir une situation financière acceptable avant plusieurs décennies.
La première étape d’une prise en main consisterait à réinsuffler une dynamique commerciale, en innovant, en créant de nouveaux produits, en fidélisant davantage sa clientèle, notamment sa clientèle à fort pouvoir d’achat. La perspective d’une croissance de chiffre d’affaires de 1% par an est loin d’être satisfaisante.
En parallèle, il conviendra d’effectuer un travail de gestion et de viser un bilan à l’équilibre. Pour cela, un bon gestionnaire devra faire des choix : se payer moins, réorganiser le personnel, vendre du matériel, renoncer peut-être à certains produits peu rentables... Les bénéfices réalisés iront d’abord au désendettement de cette boulangerie. Imaginons que cette boulangerie réalise 10 % de bénéfices (ce qui est déjà très ambitieux), il lui faudra plus de cent ans pour rembourser ses dettes. Aucun autre scénario n’est envisageable.
Cher lecteur, le tableau que je vous présente vous parait caricatural ? Et bien sachez qu’il correspond, toutes proportions gardées, à la situation de l’Etat français : 219 millions de chiffre d’affaires (recettes), 294 milliards d’euros de dépenses, une perte (déficit) annuelle de 75 milliards, et un endettement de 2 000 milliards.
Très souvent, ces sommes pharaoniques nous empêchent de prendre conscience de la gravité de la situation. Ramené à la situation d’une simple boulangerie, nous comprenons plus facilement pourquoi nous sommes désormais au pied du mur. Même si cette comparaison a ses limites (notamment la force d'un état réside dans sa faculté à pouvoir récolter l'impôt), la situation de la France n'est pas si éloignée de celle de la boulangerie décrite ici : une structure qui s'est endormie sur ses lauriers, surendettée, sans perspective à long terme, et qui vit largement au dessus de ses moyens.
Mesdames et messieurs les politiques de tous bords, les Français sont prêts à accepter cette vérité. A vous de vous montrer pédagogues, réalistes, honnêtes et rigoureux, mais aussi ambitieux et visionnaires.
Rafik Smati
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