Nous devons beaucoup à l’Europe telle qu’elle nous a été léguée par ses pères fondateurs. Un cadre de paix stable et définitif, des grands projets, une monnaie solide. Mais maintenant que les risques de guerres sont définitivement écartés, que l’Europe est une réalité économique et commerciale, n’est-il pas venu le temps de s’affranchir du postulat de base qui consiste à penser qu’une Europe fédérale et politique ne pourrait s’articuler qu’autour du couple franco-allemand ? Sans ne rien renier du travail accompli par nos ainés, n’est-il pas désormais nécessaire de libérer les jeunes générations de cette contrainte fondatrice ? Ne n’oublions pas, ce sont elles qui vont bâtir l’Union Européenne de demain. Pour aller plus loin, il faudra que les conditions d’un fédéralisme Européen soit réunies. Et cela est impossible. Impossible, à moins que l’on accepte l’idée que l’Europe politique ne s’organisera pas autour d’un noyau, mais plutôt de deux noyaux. Deux noyaux qui correspondraient davantage à l’histoire Européenne, ainsi qu’à sa géographie.
Imaginez. Imaginez une Europe dédoublée. Une Europe du Sud, et une Europe du Nord. Deux capitales : Francfort ou Berlin pour l’Europe du Nord et Paris pour l’Europe du Sud. Deux chefs d’Etats. Deux diplomaties. Une Europe latine, et une Europe Germanique. L’une tournée vers le sud et les pays du Maghreb. Et l’autre vers l’Est, vers la Russie. N’avez-vous pas le sentiment que ces deux grands ensembles correspondraient davantage aux idéaux des peuples d’Europe ? L’Europe souffre et ne suscite plus l’adhésion. Sans doute est-il venu le moment où un pays, que des pays, que des peuples acceptent de remettre en cause l’Institution Européenne telle que nous la connaissons. Il ne s’agit pas de revenir en arrière, à un schéma de pays indépendants ayant chacun leurs monnaie. En revanche, il est peut-être temps d’accepter de reculer pour mieux accélérer. Il est peut être temps de définir une Europe authentique, proche des peuples. Et c’est sans doute en cela qu’un dédoublement de l’Europe en deux ensembles distincts pourrait être la solution.
Il a souvent été reproché à l’Europe de ne pas disposer d’un leadership sur la scène internationale. Et pour cause. Dire que les français accepteraient de confier leur souveraineté à un allemand, et inversement relève de l’utopie ! D’où des compromis a minima : la Banque Centrale Européenne est à Francfort, mais l’un des premiers présidents de cette même Banque Centrale doit être français ! La Commission est à Bruxelles, mais le parlement est à Strasbourg ! Le président d’EADS est français, mais celui d’Airbus est allemand, etc. Lorsqu’il s’agit de désigner un président de l’Union Européenne, l’on choisit un Belge que personne ne connaît. L’Europe est aujourd’hui un assemblage de compromis et d’accords sur la base du plus petit dénominateur commun. Et cela est en grande partie un effet pervers du fameux «axe franco-allemand» !
Les limites de cet axe franco-allemand sont apparues au grand jour en 2007, lorsque le Président français Nicolas Sarkozy appelait de ses voeux la création d’une «Union de la Méditerranée». A y regarder de près, les contours de ce nouvel ensemble correspondaient étrangement aux frontières de l’Empire Romain. Est-ce à dire que cette «Union de la Méditerranée» aurait eu plus de légitimité culturelle que «l’Union Européenne». Peut-être. C’est sans doute la raison pour laquelle la chancelière Allemande Angela Merkel s'opposa violemment à ce projet et imposa comme condition que l’ensemble des pays de l’Union Européenne devaient y appartenir. Que dire d’une Union de la Méditerranée qui inclue désormais dans ses rangs un pays tel que la Suède ? L’Allemagne est parvenu à ce que ce projet se vide de son sens. Tout un symbole.
Cette double Europe, que nous pourrions appeler «Europe duale» aurait l’avantage de résoudre largement la question du leadership Européen. Un espagnol, un portugais, un grec ou un turc ne verraient aucun inconvénient à ce que le leadership soit exercé par la France. Un Suédois, un Hollandais, ou un Polonais trouverait logique que le leadership soit assuré par l’Allemagne.
A long terme, donc, l’Europe du Sud aurait éventuellement vocation a intégrer les pays du Sud de la Méditerranée. L’Europe du Nord aura quant à elle vocation à intégrer la Russie.
L’Europe du Nord aurait aujourd’hui pour elle la croissance économique et sa rigueur budgétaire. L’Europe du Sud aurait pour principal atout une natalité plus dynamique.
De ces deux Europes, naîtrait une bi-polarité. Cette bi-polarité serait une source d’émulation inédite. La concurrence n’est-elle pas un moteur puissant ?
Enfin, et enfin seulement, une entité commune, de type «Union Européenne», pourrait être remise sur pied afin de faire co-exister ces deux fédérations. Cette nouvelle Union Européenne s’articulerait, cette fois pour de bonnes raisons, autour de l’axe Franco-Allemand, colonne vertébrale de ce nouvel ensemble. Sa vocation serait avant tout commerciale et économique, et garantirait une libre circulation des biens et des personnes. Elle faciliterait le développement de projets conjoints, à l’instar des projets Ariane ou Airbus. Cette nouvelle Union Européenne, dont le siège pourrait demeurer à Bruxelles, devra imposer des critères de convergence économiques, mais aussi écologiques et démographiques. Ces critères seront la garantie que les deux Europes se développeront de façon homogène. C’est, ne l’oublions pas, un facteur de paix.
La monnaie resterait commune aux deux ensembles. L’Euro, malgré les critiques dont il fait l’objet, reste une monnaie de référence sur la scène internationale. Dans ce nouveau schéma, il servirait de ciment entre les deux ensembles Européens.
La Grande Bretagne, quant à elle, resterait un ensemble souverain indépendant. Son insularité fait sa singularité. Elle n’appartiendra ni à l’Europe du Nord, ni à l’Europe du Sud. Elle prendra néanmoins toute sa part au projet économique et commercial de la nouvelle Union Européenne, dont elle fera évidemment partie.
L’Union fait la force, dit-on. Deux Europes fédérales et complémentaires ne valent-elle pas mieux qu’une seule Europe a minima ? Ce nouveau paradigme nous donnera assurément la possibilité de peser doublement sur la scène internationale.
En perspective, donc, deux ensembles puissants, solidaires et pacifiques, qui serviront de socle à de nouvelles conquêtes humaines, scientifiques, économiques et sociales...
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