La Cinquième République, que beaucoup se permettent de décrier, s’est révélée avoir une capacité d’adaptation hors du commun depuis sa création. Elle a su en effet surmonter des crises graves, telles que le putch d’avril 1961 ou les événements de mai 1968. Elle a parfaitement accompagné la période mouvementée qu’était la décolonisation. La Cinquième République a autorisé l’alternance politique entre la gauche et la droite, et permis à 3 reprises la cohabitation (en 1986, 1993 et 1997). Plus récemment encore, la Cinquième République a parfaitement su surmonter le choc électoral créé par la présence du candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle de 2002.
Il est cependant une combinaison démocratique encore inédite, que les Français pourraient bien décider de choisir dans les jours et les semaines qui viennent. Imaginons un Président de la République élu le 6 Mai, puis une élection législative en juin qui élirait un parlement politiquement opposé au Président de la République. Il ne s’agit pas là de la cohabitation telle que nous la connaissons, dans la mesure où la victoire aux élections législatives ne se feraient pas sur un désaveu politique du Président, lui aussi fraîchement élu par le suffrage universel. C’est ce que le constitutionnaliste Guy Carcassonne appelle la co-existence.
Cette co-existence serait donc incontestablement plus constructive que la cohabitation, car basée sur une double légitimité imposée par les Français. Le Président de la République, qui aurait alors la possibilité politique d’utiliser son droit de dissolution, s’imposerait clairement comme le chef de l’exécutif.
A une période de son histoire où notre pays se cherche un nouveau départ, ne serait-ce pas là une façon pour nous tous d’avancer de concert, gauche et droite réunie ? Preuve qu’il n’est nullement nécessaire de changer de régime pour croire en un idéal.

