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Tribune

Arrêt du programme nucléaire ASTRID : communiqué de Rafik Smati

La France abandonne le projet de réacteurs nucléaires à neutrons rapides « ASTRID ». Beaucoup d'observateurs et de dirigeants politiques se sont élevés contre cette décision, qui, selon eux, revenait à tuer la filière nucléaire française de 4ème génération.

Comme eux, j'ai été tenté de réagir à chaud, et de m'indigner. Mais je me suis abstenu de le faire, conscient que ce sujet mérite d'être appréhendé avec sérieux, sur la base de données scientifiques fiables et d'une vision à long terme cohérente. L'avenir industriel de la France ne se prête pas à des polémiques stériles et à la médiocrité politicienne.

Comme vous le savez, je suis favorable à une écologie qui repose sur la science et sur l'innovation. Je suis même certain que l'innovation sauvera la France. A cet égard, j'affirme que notre pays doit investir massivement dans les technologies d'avenir, et en particulier dans le nucléaire de 4ème génération.

Seulement, les annonces faites dans les médias, et reprises par la classe politique (« la France renonce au nucléaire de 4ème génération») sont fausses et mensongères : les réacteurs à neutrons rapides ne représentent en effet que l'une des 6 filières de nucléaire de 4ème génération. Notre pays est notamment en pointe dans une autre filière, à laquelle je crois bien davantage, à savoir les réacteurs à fusion, dont un prototype (ITER) est actuellement en construction à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône.

L'hypothèse de base sur laquelle reposaient les réacteurs à neutrons rapides était que l'uranium était limité, et qu'il fallait le recycler. Mais cette considération est désormais obsolète : le coût de l'uranium a baissé, et l'avantage compétitif des réacteurs à neutrons rapides est contesté. Cela explique d'ailleurs que les Japonais, qui étaient nos partenaires dans ce projet, se sont retirés il y a un an.

N'oublions jamais que la recherche, c'est aussi le droit à l'échec. Mais quand cet échec devient un entêtement, alors celui-ci devient une faute.

La France a trop souvent emprunté des voies à contre-courant, et nous l'avons parfois payé cher. Nous avons continué à investir dans le Minitel, pendant que le monde entier basculait sur Internet. Fallait-il faire la même faute industrielle avec le nucléaire de 4ème génération ?

Le nucléaire de 4ème génération est l'une des clés du développement de l'Humanité. Une énergie illimitée, non polluante et à moindre coût nous fera franchir un nouveau palier de civilisation.

Nous devons donc nous préparer à investir des sommes considérables dans ces projets d'avenir. Parfois, en échouant, comme ici dans le cas des réacteurs à neutrons rapides. Et parfois, en réussissant, dans le cas, je l'espère au plus haut point, du projet ITER.

Ainsi va la science.

À la politique, maintenant, d'être à la hauteur pour accompagner dignement ce moment de l'Histoire.

Rafik Smati
Président d'Objectif France et entrepreneur.


3 commentaires

01/09/2019 00:09:40

Rectif : ... la maîtrise de la fusion est quasi impossible sur terre dans des conditions telles que cette énergie puisse être utilisée ....

01/09/2019 00:09:04

J'aurais d'emblée, et aussi d'instinct si je puis dire, tendance à être de l'avis de Draskan ! J'ai peur que l'hypothèse de la fusion ne soit qu'une chimère ! Ce que je sais sur la physique et l'astro-physique du soleil , c'est que la température à la ''surface'' y est d'environ 6 000 degrés et au cœur , d'environ 15 millions de degrés. C'est au coeur du soleil que se produisent les réactions de fusion qui transforment les noyaux d'hydrogène en noyaux d'hélium. La fusion est obtenue sous l'action de la pression immense qui provient de la force gravitationnelle résultant de la masse énorme de matière qui constitue le soleil. je sais que la maîtrise de la fusion est quasi impossible sur terre dans des conditions que cette énergie puisse être utilisée autrement que pour une explosion. Pour les bombes H, l'allumage de la fusion s'effectue par l'explosion dans des conditions maîtrisées d'espace et de technologie, mais l'explosion ne dure que quelques fractions de secondes. Pourra-t-on un jour maîtriser la fusion sur terre ? Je pense qu'on peut en douter ! C

31/08/2019 22:08:49

Les réacteurs de 4ème génération se basent sur la FISSION nucléaire. ITER est un prototype international (en France) de réacteur basé sur la FUSION nucléaire et qui ne sera probablement pas déployé de manière industrielle avant la fin de pétrole bon marché. L'humanité a besoin des réacteurs de 4ème génération en attendant l'arrivé des réacteur à fusion : meilleur rendement, beaucoup plus sécurisé. A force de s'acharner sur l'EPR (3ème génération) et le grand carénage, nous risquons de devoir acheter nos réacteurs 4ème génération aux Chinois et aux Indiens, bien avant la deuxième moitié du siècle.

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