Tribune

Rafik Smati : « Il faut sauver les petits patrons en détresse ! »

Un humoriste de France Inter portant le nom de Guillaume Meurice s’est fendu récemment d’un texte acerbe dans lequel il dénonçait les patrons de PME désespérés, les qualifiant de « losers » et de « putains d’assistés ». Des propos abjects qui m’inspirent le dégout.

Car ce qu’ignore sans doute ce tartuffe payé par nos impôts, c’est que les patrons de PME ne sont pas des pleureuses. Un entrepreneur ne vit pas pour être entretenu par l’Etat, il ne vit pas dans l’obsession de recevoir des subventions ou des aides. Le seul moteur de celui qui fonde une entreprise, c’est de construire, créer, embaucher, former, transmettre...

L’entrepreneur qui crée son entreprise connait parfaitement les risques qu’il encourt, et il les assume. Il sait qu’il peut tout perdre. Il sait qu’en cas de faillite, il ne bénéficierait d’aucune indemnité de chômage. Il connait aussi les contraintes de l’entrepreneuriat : les semaines folles de 72 heures, les angoisses, les nuits blanches, les impayés, la trésorerie à sec... Mais pourtant, malgré ces risques et ces contraintes, ce sont des centaines de milliers de nos compatriotes qui chaque année, se lancent dans le grand bain. Parce que la France est fondamentalement un grand pays de créateurs !

L’entrepreneur est donc tout à fait disposé à tout perdre, sans bénéficier du chômage, dès lors qu’il a échoué. Le risque est le fondement même de l’esprit d’entreprise. J’ai beau être un responsable politique engagé pour mon pays, je suis d’abord un chef d’entreprise. A plusieurs reprises, dans ma vie d’entrepreneur, j’ai trébuché, et suis passé à deux doigts de la catastrophe. Mais je ne m’en suis jamais plaint, parce que je connaissais mes risques.

Tout perdre, sans bénéficier du filet de sécurité du chômage, c’est précisément ce qui va bientôt arriver à bon nombre de nos petits patrons. Mais cette fois-ci, pour des raisons qui les dépassent. Ces prochains mois, des dizaines, peut-être des centaines de milliers d’entreprises mettront la clé sous la porte : non pas parce que le chef d’entreprise aura failli dans sa stratégie ; non pas parce que l’entreprise n’aura pas su s’adapter à la concurrence ; mais parce que l’Etat a décidé, unilatéralement et brutalement, d’interrompre l’activité économique du pays et de fermer administrativement des milliers d’entreprises pour des raisons sanitaires.

Que vont donc devenir les innombrables restaurateurs, commerçants, artisans, patrons de PME qui se retrouveront injustement sur le carreau ces prochains mois, et qui ne toucheront jamais de chômage ? Même si depuis 2019, certains indépendants (mais pas les gérants-majoritaires) peuvent prétendre à une indemnité d’environ 800 euros sur 6 mois, nous allons au devant de drames humains, de situations individuelles et familiales désespérées, d’une tragédie sociale majeure. Une enquête récente de l’IFOP pour l’institut Jean-Jaurès révèle que 27% des petits patrons ont envisagé de se suicider en 2020. 27% ! Nous n’avons pas le droit de les abandonner.

Une proposition de salubrité publique serait de permettre à tous les patrons dont l’entreprise a déposé le bilan en 2020 ou 2021 de bénéficier d’indemnités de chômage. Que la solidarité nationale décide de soutenir les entrepreneurs de France, qui ne demandent jamais rien et qui sont depuis toujours des contributeurs nets au budget de la Nation, serait un signal puissant de cohésion nationale.

Ma proposition n’est pas de nature économique et sociale : elle est humanitaire. Elle n’a pas vocation à durer dans le temps, mais à répondre à une situation d’urgence absolue.

Etant bien entendu qu’aucune mesure d’urgence ne saurait refonder l’économie de notre pays. Seule une réforme puissante de l’action publique et un projet ambitieux orienté vers l’avenir le permettront.

Tel est le sens du chemin dans lequel je me suis engagé.

Rafik Smati
Entrepreneur, et président d'Objectif France



11 commentaires

11-01-2021 19:47

Merci pour ce plaidoyer vigoureux ! La vague attendue se décale au Printemps si pas de nouveau confinement.

Lc

28-12-2020 18:43

Oui vous avez raison pour une réforme puissante et un projet ambitieux ayant pour objectif la sauvegarde des petites structure.. En effet celles ci devraient être le pilier de notre nouveau modèle économique qui pourra prendre en charges les dépenses publiques redéfinies L'industrie devrait peut-être couvrir le redéployement des secteurs notamment liés à la gastronomie, l'histoire, le tourisme, la santé et le bien-être.... = Les points forts de notre pays qu'il lui permettront le développement d' un tourisme de qualité... Ce qui signifierait d'éliminer les erreurs liées à l'expansion et la volonté de produire rapidement en grande quantité pour une satisfaction éphémère... Notre avenir dépendra probablement de la préservation de nos PME, notre artisanat et richesse culturelle...

22-12-2020 18:00

Bonjour monsieur SMATI, Le contenu de votre tribune me convient parfaitement. J'ai été moi-même à mon compte une petite partie de ma vie active, mon grand père paternel était commerçant, un de mes frères cadets a été commerçant sur les marchés presque toute sa carrière. Je ne les ai jamais vu se plaindre. Mon métier de commercial m'a amené à travailler pour les entreprises toute ma vie professionnelle. Je les connais plutôt bien et vous les décrivez tels qu'ils sont, tel que vous êtes. Le pitre de France Inter est abject. Il vit grâce à notre argent pour se moquer. Il faudrait obtenir son licenciement de cette chaîne de radio de m... que je n'écoute pas, d'ailleurs. Votre

21-12-2020 15:17

Un message de vérité auquel je souscrit totalement et d une force que je salue Ancien cofondateur de Engagement Citoyen pour la France

21-12-2020 07:28

Sur le court terme, tout a fait d'accord avec la proposition, les entrepreneurs DOIVENT avoir les mêmes DROITS que tout salarié en terme de ''prestations sociales'' dans leur ensemble, c'est une évidence. Au delà, cette crise révèle : - ce que l'on savait déjà du déséquilibre entre les forces vives, qui cotisent pour tous, doivent dégager des marges, faire du profit, prendre des risques, investir ... et les fonctions publiques omnipotentes, souvent inefficientes qui engloutissent une part trop importante du budget national. La majorité des français le sait mais rien ne change depuis 40 ans, bien au contraire. - conséquence du coût du travail, la fragilité de notre économie, trop tournée vers les services et les activités tertiaires ainsi que la consommation de biens. Le petit entreprenariat n'y échappe pas et la moindre crise fait des ravages du fait du recentrage des priorités des consommateurs sur les besoins jugés prioritaires. L'argent ne tourne plus, l'épargne et les déséquilibres explosent - faiblesse, voire quasi disparition de la création et de la production française, de ce que l'on appelait le ''génie français''. Agriculture + Industrie ne représentent qu'à peine 15% des emplois, nous importons quasi tous nos produits de première nécessité et les quelques activités restantes (élevage, agro BIO, énergie, automobile, sidérurgie,..) sont plus proches de musées entretenus à coup de perfusions qu'en véritable dynamique de croissance. La France n'a pas de projet, pas de vision pour le futur. Nos politiques de tous bords n'ont comme programme que le changement climatique et ne croient plus à la science (quasi interdite par défaut avec le principe de précaution). Tout entrepreneur se retrouve donc inexorablement exposé à ces handicaps structurels. Nous ne pourrons nous en sortir, qu'en changeant IMPERATIVEMENT de changer de logiciel, pas par des mesurettes dites d'amélioration qui à chaque fois ne font que renforcer notre décadence !

20-12-2020 23:03

Savez vous que ce virus se soigne dés le début de la maladie avec des antibiotiques!!! comment ce fait il que vous continuez tous à entretenir la peur??? Voici ma question??? Laisser des entreprises se casser la figure pour une maladie qui se soigne c'est honteux et c'est une volonté de faire du mal à la population ça s'appelle du sadisme. Si les gens étaient soignés dés le départ ont en seraient pas encore à faire des tests et surtout prévoir un vaccin malveillant, ça vous gêne pas moi ça me gêne beaucoup!!!!

20-12-2020 21:38

Je ne sais comment vous remercier pour vos mots chers monsieur Smati. En ces moments difficiles vous démontrez que vous savez nous comprendre, nous les abandonnés de la crise. Svp dites nous que vous y arriverez, car vous êtes notre seul espoir. Pierre Grand

20-12-2020 19:34

bonjour Merci de mettre en avant les ''petits'' entrepreneurs. Ils traversent une période anxiogène et les aides de l’État sont insuffisantes quand il n'y a plus de Chiffre d'affaire. Le report des charges est insuffisant. Ils tardent à se mettre sous la protection du tribunal de commerce, pas toujours au réel des procédures. Je regrette que trop d'entrepreneurs se sont lancés depuis plusieurs années alors qu'ils n'ont pas l'ADN de l'entrepreneur. Un prévisionnel , que certains ne se sont pas appropriés, ne suffit pas. Tout a été fait pour faciliter l'installation et donc faire du chiffre. Responsable d'une antenne de Second Souffle, nous aidons, bénévolement, ceux qui sont en détresse avant et surtout après la liquidation. Nous sommes proches de ceux qui sont désespérés. Merci de nous contacter.

20-12-2020 17:03

Que faire avec 800 euros par mois pour ces indépendants, mais comment vivre pour ces femmes et ces hommes qui n'ont, dans la majeure partie des cas, pas eu d'autres choix que tenter de se lancer ? Le pire dans cette enquête de l'IFOP, c'est qu'un grand nombre de ces personnes vont passer à l'acte, entraînant dans leur trépas leur famille... Cette proposition est un signal fort de considération humaine.....

20-12-2020 16:27

Je ne peux qu'approuver cette proposition, qui me semble être du bons sens.

20-12-2020 15:48

merci pour votre soutien et pour votre texte qui démontre qu il y a malgré tout certains politiques qui savent ce qu'est une entreprise. restaurateur dans le vercors, je sais que je vais fermer. je retarde l'échéance. mais je crains que ca soit cuit pour nous...

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