Tribune

La nouvelle bataille de France

Les mots me manquent pour vous décrire la rage qui est en moi.

Des enfants juifs, des militaires français, des journalistes et caricaturistes, des policiers, un prêtre de 86 ans, des citoyens français innocents, et maintenant un professeur de l’école de la République... Depuis dix ans, plus de 1000 Français de tous âges, de toute condition sociale, de toute religion, ont été lâchement assassinés ou blessés par des fondamentalistes islamistes qui prétendent agir au nom de Dieu.

Les réactions qui suivent chacun de ces attentats sont hélas devenues tristement prévisibles.

Il y a d’abord les bougies et les fleurs, les hashtags #JeSuis, les «Vous n’aurez pas ma haine». Une surenchère de compassion pour éviter de regarder le mal en face et de nommer l’ennemi...

Puis très vite, s’installe le concert de démagogie, donné par des responsables politiques qui rivalisent de postures martiales pour apparaitre comme des chefs de guerre qui n’ont pas la main qui tremble ; comme des chefs qui réussiraient là où tout le monde a échoué. C’est le grand concours Lépine de qui brandira la mesure la plus spectaculaire pour faire la une des chaines d’infos ou des matinales de radio, quand bien même cette mesure serait démagogique. Peu importe la France. Seuls leurs égos comptent.

Seulement, l'honnêteté intellectuelle m’oblige à vous dire que ni la surenchère compassionnelle, ni la démagogie, ne permettront à la France de relever le défi existentiel auquel elle est confrontée. Sombrer dans le déni ou attiser les peurs sont des postures faciles, qui flattent les instincts les plus grégaires. Mais ces postures sont en réalité terriblement malhonnêtes, et surtout sans issue.

Face au risque de guerre civile qui nous guette, face à la menace de désagrégation de notre matrice civilisationnelle, le salut de la France réside plus que jamais dans notre capacité à défendre haut et fort nos idéaux de liberté, d’égalité, de fraternité, et de laïcité. A ne surtout pas tomber dans le piège de l’ennemi, qui rêve de voir la France se disloquer et se communautariser. Ce chemin de crête est difficile. Bien plus difficile que toutes les postures démagogiques. Mais pour paraphraser les mots de l’ancien chef d’Etat Major des Armées, le Général Pierre de Villiers, « l’équilibre est un courage ».

Je veux être clair : «équilibre» ne signifie pas «naïveté». Ceux qui me connaissent savent l’importance fondamentale que j’accorde à l’ordre, que j’estime être la base de tout projet de société. Je ne saurais tolérer aucun accommodement raisonnable avec l’ennemi. Le projet que je porte est de ce point de vue sans concession. Il prévoit même la mise en place d’un régime juridique d’exception pour reconquérir les zones de non droit. Rien ne doit être tabou lorsqu’il s’agit de préserver l’essentiel. Y compris l’usage de la raison d’Etat.

Ceci étant dit, j’affirme qu’une simple posture sécuritaire, aussi ferme soit-elle, ne guérira pas la France du séparatisme. Pour la simple et bonne raison que le danger séparatiste n’est pas l’origine du mal, mais l’un de ses symptômes.

La maladie profonde qui atteint la France prend sa source il y a plusieurs décennies. C’est le «jouir sans entraves» de 1968, qui a consacré le culte du temps présent, au détriment de toute vision à long terme. C’est le choix assumé du chômage de masse et de la dette qui a sacrifié notre jeunesse. C’est le principe de précaution, qui a bridé les initiatives et la prise de risque. C’est le renoncement à l’esprit de conquête, qui a entériné l’idée de la fin de l'histoire.

C’est tout cela que nous payons aujourd’hui. La France est désarmée. Désarmée intellectuellement, désarmée philosophiquement, et désarmée moralement. Depuis des décennies, la République a reculé, la Nation a reculé. Or, comme le dit l’adage, la nature a horreur du vide. L’Islamisme n’est donc pas la cause de la désagrégation de la société française. Il en est la conséquence.

Les choses sont somme toute assez binaires : soit la République et la Nation française sont capables d’offrir à sa jeunesse un futur et un absolu. Soit une partie de cette jeunesse ira rechercher cet absolu ailleurs, par exemple dans l'intégrisme religieux.

La France, en tant que Nation, a donc une responsabilité historique. La responsabilité de renouer le dialogue avec ses enfants. Tous ses enfants. Qu’ils soient Chrétiens, Musulmans, Juifs ou non croyants.

Parce que la France est notre mère à tous. Que nous soyons de filiation gauloise, celte, nord-africaine, italienne, espagnole, portugaise, antillaise, polynésienne... chacun d’entre nous est un maillon essentiel de cette chaîne fraternelle qui s’appelle la France.

Comme toute mère, ou tout parent, la France aime ses enfants. Mais pour leur bien, elle doit savoir se montrer exigeante avec eux. Elle doit définir des limites, être ferme s’ils sortent du cadre, et quand c’est nécessaire, les punir.

Telle est la condition d’une fraternité retrouvée.
Une fraternité d’exigence, et de bienveillance.

Je voudrais maintenant aborder un sujet important, source de nombreuses crispations parmi nos compatriotes : quelle doit-être la place de l’Islam en France ? L’Islam est-il compatible avec la République ? Et bien sachez que vous ne me verrez jamais aller sur ce terrain. Vous ne m’entendrez jamais commenter ou critiquer publiquement tel ou tel précepte religieux. Pour une raison très simple : le moteur de mon engagement politique n’est pas un livre saint, mais la France. Mon postulat est limpide : peu importe votre religion, peu importent les écrits de votre livre sacré, dès lors que vous respectez, sans réserve, les lois de la République. Et si vous ne les respectez pas, et bien vous serez jugé et puni.

Comme pour toutes les religions, ce n’est donc pas à la France de s’adapter à l’Islam, mais c’est aux Musulmans de France de respecter les lois de la République. Pour paraphraser la célèbre formule de Clermont-Tonnerre, prononcée à l’époque de la Révolution à propos des Juifs : la France doit tout accorder aux Musulmans en tant que citoyens français, mais tout refuser à l’Islam en tant qu’idéologie politique. Tout simplement.

La Loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat est à cet égard un cadeau de nos anciens. Ne cherchons pas à la remettre en cause. Cherchons encore moins à interférer dans des affaires religieuses. Seule compte la loi, la loi de la République française. Seul compte le projet collectif que nous devons construire ensemble.

Je sais ce chemin difficile. J’expliquais plus haut que «l’équilibre est un courage». A titre personnel, je m’efforce de demeurer sur cette ligne d’équilibre. Et cela malgré les critiques, les attaques, et les menaces que je reçois. Avec d’un côté, ceux qui me jugent comme «un traitre», «un vendu», «un arabe de service». Et de l’autre côté tous ceux qui rêvent de me voir critiquer l’Islam et les Musulmans de France.

Aucun de ces deux camps ne parviendra à me faire dévier de mon chemin.

Je sais la chance que j’ai de vivre en France. Je sais la puissance et la force que représente cette épopée de 2000 ans d’histoire. J’assume les racines de la France, et je les fais miennes. Je sais aussi que la France est un pays en mouvement, qui ne se fige jamais ; une nation vivante qui s’est de tout temps enrichie et solidifiée grâce à l’apport de celles et de ceux qui l’ont rejoint parce qu’ils l’ont aimé.

Le combat contre le fondamentalisme islamiste est une chose. Le combat pour l’avenir de la France en est une autre. Les deux sont liés. Sauf que l’un de ces combats est défensif, et que l’autre est offensif.

A la passivité, je préfère l’action.
Au désordre, je préfère l’ordre.
Au repli, je préfère l'esprit de conquête.
A la peur, je préfère l'espérance.

Rafik Smati
Entrepreneur, et président d'Objectif France