Programme

Transition énergétique raisonnée

Les propositions de Rafik Smati


La politique énergétique de la France, qui a pour mission première de répondre à minima aux besoins du pays, doit assurer un service qui ne peut pas se dégrader, ni en qualité, ni dans sa continuité tout en préservant à la fois le climat et la biodiversité. L’énergie est stratégique pour notre économie de plus en plus numérisée, qui plus est dans une logique souhaitée de relocalisation de l’activité sur notre territoire. Elle ne peut se résumer aux seules polémiques sur Fessenheim ou aux débats comptables sur les Evolutionary Power Reactor ou EPR. Elle engage notre pays sur 60, si ce n'est 100 ans.

La France a réussi sa précédente transition énergétique qui a permis de fournir aux Français et à notre économie, de façon souveraine, une énergie fiable, en quantité suffisante et à prix compétitif dans le contexte des deux chocs pétroliers des années 70 et d’une volatilité des prix des énergies fossiles importées. Aujourd’hui encore, en dépit d’une subvention des énergies renouvelables (EnR) électriques essentiellement supportée par le consommateur via sa facture d’électricité, cette dernière reste, à consommation identique, d’un montant inférieur de près de 20 % à la moyenne européenne.

Dane le contexte actuel, il s’agit toujours de préserver et de conforter une indépendance nationale tout en limitant l’impact de notre développement sur notre environnement, ce qui passe bien entendu par une rationalisation et une décarbonation de notre production comme de notre consommation d’énergie. La loi Energie-Climat du 8 novembre 2019 fixe des objectifs ambitieux pour la politique énergétique de la France : réduction de la consommation d’énergies fossiles de 40 % d’ici à 2030 par rapport à 2012 ; fin de la production d’électricité à partir de charbon en 2022 ; 33 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique d’ici 2030 ; diminuer à 50 % la part de la production nucléaire dans le mix électrique en 2035.

Pour atteindre ces objectifs, la France s’appuie sur des programmations pluriannuelles de l’énergie (PPE) dont le projet pour les périodes 2019 - 2023 et 2024 - 2028 est en discussion. Il prévoit notamment : une baisse de la consommation finale d’énergie de 7 % en 2023 puis de 14 % en 2028 par rapport à 2012 ; une baisse de la consommation primaire d’énergies fossiles de 20 % en 2023 et de 35 % en 2028 par rapport à 2012 ; une hausse de la consommation de chaleur renouvelable de 25 % en 2023 et entre 40 et 60 % en 2028 par rapport à la consommation de chaleur renouvelable en 2016.

Cela se traduit aujourd’hui par un effort conséquent de notre pays pour développer des énergies renouvelables, notamment électriques. Il y consacre ainsi plus 5 Md€ par an, essentiellement en soutien à l’éolien et au solaire. Le problème est que cet effort engendre paradoxalement une hausse des dégagements de gaz à effet de serre (GES) par la France depuis 2017, conséquence d’une priorité donnée à la production d’électricité renouvelable dont les technologies ne sont pas encore matures alors même que la production de notre électricité est déjà décarbonée et que près de 50 % des dégagements de GES en France proviennent des transports et de l’habitat, secteurs où notre pays devrait accentuer ses efforts qui se traduiraient également par des gains financiers pour les citoyens à moyen terme.

C’est la raison pour laquelle nous pensons que vouloir passer (trop) rapidement au « 100 % renouvelables » est un objectif qui paraît louable sur le papier, mais mauvais pour la planète, notre indépendance nationale et le pouvoir d'achat des Français.

Objectif France défend une transition énergétique raisonnée : nous souscrivons à des objectifs ambitieux en termes de réduction des émissions de GES et des pollutions liées à notre production comme à notre consommation d'énergie, mais nous voulons y parvenir par une stratégie pragmatique et des moyens inspirés par la raison, sans aucun dogme ni a priori, dans l’intérêt du pays et celui des Français dans une logique de bon sens qu’est celle d’un développement durable, soit garantir la satisfaction de nos besoins sans entraver la capacité de nos enfants à satisfaire les leurs. Et cela va bien au-delà de la question du réchauffement climatique sur lequel la France n’a aucune prise avec seulement 1 % des dégagements de GES de la planète. Cette approche globale inclut une écologie du quotidien qui vise à améliorer la condition de nos compatriotes, ce qui passe, entre autres, par une meilleure qualité de l’air dans les métropoles, une meilleure gestion des déchets, le développement d’une économie circulaire, une alimentation plus saine ainsi que par une nécessaire préservation de notre biodiversité, la France pouvant avoir dans ce domaine un vrai effet d’entraînement en hébergeant à elle seule 10 % de la faune et de la flore mondiales.

Nous refusons donc les confrontations binaires autour du nucléaire et des autres énergies, pour préférer nous baser sur des analyses et des choix scientifiques. Nous partons du principe qu’il n’y a pas une seule solution, mais des solutions qui s’articulent ensemble pour relever les différents défis auxquels nous sommes confrontés. Notre stratégie de transition énergétique distingue ainsi le court, le moyen et le long terme.

À court terme, il s’agit de ne pas se précipiter et engager des sommes colossales sans analyse rationnelle à l'instar de la politique allemande en la matière, l’Energiewende, totalement contre-productive. L'obsession d'une sortie en urgence du nucléaire parallèlement à un développement mal conçu des énergies renouvelables a abouti à une augmentation des émissions de GES et, plus largement, de la pollution Outre-Rhin, le tout pour une facture estimée à ce jour à 580 Md€ !

A moyen terme, n’oublions pas que nous ne sommes pas souverains quant au développement de la plupart des énergies renouvelables aujourd’hui promues. Nous devons importer l’essentiel des matériaux et technologies, tout particulièrement dans le solaire et l’éolien. Il faut donc éviter d’engloutir des montagnes d'argent public et faire inutilement gonfler nos factures d'électricité en misant seulement et précipitamment sur ces énergies qui seront bientôt remplacées par des solutions plus rentables et plus durables.

A long terme, parce que nous faisons confiance à l'innovation. Nous pourrons ainsi découvrir, améliorer, généraliser des solutions de stockage comme de pilotage des énergies renouvelables, ce qui les rendra beaucoup plus efficaces, et trouver des alternatives satisfaisantes au stockage des déchets nucléaires tout en réduisant leur radioactivité. A plus long terme, c'est-à-dire d'ici quelques décennies, notre pays peut aussi contribuer à la réussite de la plus grande révolution énergétique depuis la découverte de l'électricité : la maîtrise de la fusion nucléaire, qui nous garantirait une énergie plus propre et quasi-illimitée.

Regardons vers le Nord en ce qui concerne cette production. Entre 1970 et 1990, la Suède a divisé par deux ses émissions de CO2 grâce à une politique pragmatique où l’énergie est produite pour moitié par le nucléaire et pour l’autre moitié par le renouvelable. Et regardons vers l’Est pour aider nos amis d’Outre-Rhin à adopter des solutions bas-carbones.


Synthèse en 9 points clés :


Nos propositions pour une transition énergétique raisonnée

1 - Isolation des passoires thermiques. Investir 50 Md€ sur 5 ans pour isoler tous les bâtiments, estimés à 5 millions, considérés comme des « passoires thermiques ». En complément, développer la recherche sur la réutilisation de l’énergie perdue, servant au refroidissement des centrales par exemple, sur le modèle des datacenters modernes.

2 - Programme de sobriété énergétique. Programmer une réduction de 25 % sur 5 ans de la consommation énergétique des administrations et des collectivités en amplifiant les plans « Administration exemplaire » en vigueur. Les administrations pourront réallouer les gains obtenus dans la logique de fongibilité des budgets voulue par la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF) afin de responsabiliser les acteurs étatiques. Inciter les particuliers et les entreprises à la sobriété énergétique par des incitations financières sous forme de réductions d’impôts. Inciter au télétravail et aux moyens de transport faiblement carbonés en poussant les partenaires sociaux à négocier sur ce point au niveau des entreprises et des branches. Développer l’éducation à la sobriété énergétique, notamment à travers les gestes du quotidien. Standardiser l’utilisation de compteurs et de réseaux intelligents, « smartgrids », pour ajuster les flux d’énergie en temps réel entre les fournisseurs et les consommateurs.

3 - 5 Md€ par an pour la recherche. À ce jour, 5 Md€ sont dépensés annuellement pour subventionner la production d’énergie renouvelable (EnR) électrique (essentiellement d’origine éolienne et photovoltaïque) alors que la production de notre électricité est déjà décarbonée. Nous proposons d’utiliser cet argent pour accentuer notre effort de recherche sur :

- les EnR maritimes (éoliennes marines, hydroliennes, etc.) ;
- les capacités de stockage de la production d’électricité ;
- la méthanisation des déchets ;
- la fusion nucléaire ;
- la surgénération ;
- le développement industriel des Small Modular Reactor ou SMR (petits réacteurs nucléaires qui pourraient être installés dans des régions pauvres en infrastructure et sur acceptation de la population).

Cet effort se fera, dans la mesure du possible, dans le cadre de coopérations internationales à l’image du projet Iter à Cadarache dans le sud de la France.

4 - Envisager la construction de nouveaux EPR sur des sites existants afin de maintenir les savoir-faire et développer la filière grâce à l’effet « série ». Nous préférons les technologies existantes les plus à même de répondre aux défis climatiques ainsi qu’aux augmentations des besoins. Si l’énergie nucléaire n’est pas exempte de défaut, que nous devons corriger, elle reste la technologie que nous maîtrisons le mieux et qui, par sa disponibilité, est un facteur de stabilisation du réseau européen.

5 - Moratoire de 6 mois sur l’installation des éoliennes afin de vérifier la viabilité économique et environnementale des projets. La construction des éoliennes et des champs de panneaux voltaïques (PV) ne doit pas se faire au détriment de la biodiversité ni des habitants en engendrant des nuisances visuelles ou sonores comme par exemple un projet en Gironde avec 40 éoliennes sur un site Natura 2000 ou un autre dans le Sud-Est prévoyant la construction de 22 éoliennes aux pieds de la Montagne Sainte-Victoire. Au-delà de ces nuisances, c’est le modèle même de ces énergies renouvelables qui est sujet à caution. Leur bilan carbone sur tout leur cycle de vie est loin d’être si vertueux avec 3 à 22 grammes de CO2 par kWh contre 4 pour l’hydraulique et 6 pour le nucléaire (source : étude ACV – DRD). Ainsi, dans les six mois suivants l’élection, un moratoire sera décidé. Cependant, les projets dans les zones Natura 2000 ou présentant un danger pour la biodiversité ou sans consensus préalable seront immédiatement stoppés. Au-delà des six mois, seuls les chantiers dûment approuvés pourront reprendre.

6 - Décider du grand carénage au cas par cas après avis de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). La vie d’une centrale n’est pas prédéfinie, mais s’évalue régulièrement. Les centrales nucléaires françaises sont en excellent état et prolonger leur vie donnera le temps nécessaire à une transition raisonnée. L’énergie nucléaire actuelle n’est qu’un des moyens d’attente à la transition énergétique opérée par des solutions plus avantageuses.

7 - Diminuer la facture en énergie fossile de la France via une diversification des modalités de transport (ferroviaire, fluvial, autoroutes électriques, etc.) L’importation de matière fossile représente une facture annuelle de 45 Md€ pour la France. Outre l’intensification de la maîtrise de la consommation (isolation par exemple), l’utilisation accrue, pour les transports, des moyens ferroviaires et fluviaux comme le développement d’autoroutes électriques permettront de baisser cette facture tout en nous garantissant une souveraineté et un effet positif sur les rejets de CO2. Transition énergétique et souveraineté sont parfaitement compatibles à condition de faire un effort de recherche guidé par une volonté politique forte, pragmatique et continue.

8 - Poursuivre la croissance des EnR via des projets respectueux et économiquement viables. Les EnR ont leur place dans le programme énergétique dès l’instant où le projet est économiquement rentable et respectueux de l’environnement. Ces EnR ont tout particulièrement leur place dans les régions où la source de production d’énergie est fossile et où le nucléaire est inconcevable (ex. les DROM-COM).

9 - Définir un écosystème hydrogène français vertueux (7 Md€ jusqu’en 2030) en prolongeant la stratégie nationale de développement de septembre 2020. Objectif France souhaite en effet développer davantage cette filière vecteur d’énergie, de croissance et d’indépendance en utilisant notamment la surcapacité potentielle du parc nucléaire pour l’hydrolyse de l’H20 (le taux de charge du parc nucléaire n’est généralement que de 60%).


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