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Tribune

Être Français, c’est plus qu’un état civil : c’est un projet de civilisation

Eric Zemmour et moi nous rejoignons sur de nombreuses choses, à commencer par le constat d'une France en déclin. Nous pensons aussi que l'enjeu des prochains mois sera civilisationnel, au sens du devenir de la nation française. Du décrochage éducatif à la nécessité de renouer avec une politique d'assimilation, en passant par notre conviction que l'industrie est une priorité absolue pour enrayer notre déclassement économique, nombre de nos constats se rejoignent.

Mais sur la question des prénoms (et plus généralement sur le chemin à suivre pour sortir de l'impasse), je ne suis pas en accord avec Éric Zemmour. Je le lui ai dit, notamment à l'occasion du débat remarqué que nous avons eu ensemble il y a quelques semaines, et dont des extraits tournent encore en boucle sur les chaines d'information.

Né en Algérie, arrivé à l'âge de deux ans, la France m'a donné la chance de m'accomplir, et m'a permis de réussir en tant qu'entrepreneur. Aussi, ce débat autour de la francisation des prénoms me touche, comme elle touche, je le pense, d'autres Français portant des prénoms d'origine étrangère, qu'ils s'appellent Rafik, Kevin, Hapsatou, Jennifer, Giulia, Jordan ou Sonya.

En tant qu'entrepreneur plongé dans les réalités économiques, en tant qu'enfant de l'immigration, en tant que responsable politique au contact de la France périphérique comme des banlieues, de la ruralité aux grandes métropoles, je connais l'importance des prénoms, qui disent d'où l'on vient (identité, milieu social) et bien souvent déterminent jusqu'où l'on peut aller (travail, ascension sociale).

Pour autant, j'affirme qu'analyser la crise existentielle que traverse notre pays sous le prisme des prénoms est non seulement réducteur, mais surtout contre productif.

La France porte le nom d'un peuple envahisseur - les Francs - et doit tant à sa colonisation par Rome dont elle est l'héritière. Elle est devenue fille aînée de l'Eglise avec un roi au nom germanique, Clovis. Son plus grand dirigeant, Napoléon Ier, aurait été hors la loi avec une loi n'autorisant que les prénoms issus des saints du calendrier - l'Empire a même dû inventer un saint Napoléon. Des millions de jeunes Français ont découvert le patriotisme et la communauté nationale avec Zinedine, Ngolo, Kylian ou Ousmane, en célébrant nos victoires à la Coupe du monde de football à 20 ans d'écart. Ainsi va la France, une nation deux fois millénaire, mais aussi une nation en mouvement. Une nation aux racines puissantes, dont l'Histoire ne s'arrête jamais.

La France, l'un des plus beaux pays du monde, et son peuple, dont le génie a éclairé le monde, ne peuvent se résumer à des prénoms. La France ne retrouvera pas la fierté en ayant honte des prénoms de ses enfants. Elle ne parviendra pas à l'unité en segmentant la société, mais en assimilant tous ses citoyens autour d'un même futur. Enfin, la France ne renouera pas avec la grandeur en se laissant piéger par des querelles inutiles, mais en faisant régner l'ordre, d'abord, pour affirmer un projet de puissance, ensuite.

Moi Rafik Smati, comme tant d'autres Français issus de l'immigration d'Afrique du Nord, mon état civil me rapproche de gens qui refusent la France et parfois même l'attaquent. Pourtant, nous ne partageons rien avec eux, et nous les combattons. Tout comme s'appeler Eric, Emmanuel, Marine ou Valérie ne prédestine pas aux mêmes combats et aux mêmes destins. Pas plus que porter un prénom arabe ne prédestine à devenir djihadiste, davantage qu'à rejoindre la police, comme Ahmed Merabet, ou l'armée, comme Imad Ibn Ziaten, tous deux morts pour la France.

La France n'a pas besoin de réécrire des états civils en se basant sur un calendrier et des lois, elle a besoin de réécrire un nouveau récit national en se basant sur son héritage immense, et ses atouts fantastiques.

L'assimilation passe d'abord par l'école, et aussi par une affirmation sans faille l'autorité de l'État. Elle impose des devoirs. Elle exige de la lucidité sur la situation actuelle de notre pays. Mais elle doit surtout donner envie, envie de France. Ainsi se rallumera la flamme de l'espérance.

Rafik Smati
Entrepreneur, et président d'Objectif France



6 commentaires

01-10-2021 13:12

Je suis certain que monsieur zemmour À une vision rétrécie de la France hélas c'est bien dommage amitiés à vous également au général Soubelet PEIGUES

01-10-2021 13:12

Je suis certain que monsieur zemmour À une vision rétrécie de la France hélas c'est bien dommage amitiés à vous également au général Soubelet PEIGUES

26-09-2021 19:37

En faisant mon arbre généalogique, je me suis aperçu qu'il y a 200 ans, on donnait au femme le prénom de Chrétienne, pourquoi pas protestante, Luterienne . Pour simplifier, on a interdit ces prénoms et on s'est borné au calendrier. Maintenant appeler son fils Islam, Mohamed, Mahomet c'est aussi avec ces prénom se distinguer des autres français par sa religion. On ne peut pas donner n'importe quel prénom aux enfants Gardons le calendrier actuel, tout en gardant la possibilité d'avoir un prénom autre sur demande. D'avoir un prénom francisé , permettrait au français de mieux s'intégrer.

26-09-2021 19:10

Je trouve que Olivier Damien a parfaitement raison. Mais tout çà peut se discuter et il faut bien sur un maximum de point commun . La victoire pour Zemour avec Rafik Smati est au au bout du chemin. Ou alors travaillons chacun dans notre coin et c'est la dégringolade assurée.

26-09-2021 15:48

Eric Zemmour a rappelé que en France on peut donner deux prénoms. Il préconise à ceux qui veulent vivre en France de choisir en premier prénom (celui qui sera utile dans le collectivité administrative notamment) un « prénom du calendrier » comme ce fût la règle pendant près de deux siècles. Et ensuite prendre un deuxième prénom, en l'honneur du grand père ou autre raison privée. Cette méthode a bien fonctionné jusqu'à ce que d'orgueilleux criminels « déconstructeurs » décident, sans consulter le Peuple, d'imposer leur totalitarisme destiné à fracturer le pays. Les prénoms ne sont qu'un détail mais comme le chantait France Gall « c'est un détail qui compte beaucoup ». En conclusion, cela signifie qu'Eric Zemmour souhaite simplement faciliter la vie à tous ceux qui veulent vivre en France, à la Française, bref ceux qui veulent s'assimiler comme des millions de personnes pour qui la France a été une terre d'accueil. Les opposants à cette proposition de bon sens veulent, en fait, maintenir la fracture entre les gens. Honte à leur égoïsme militant qui ne pense qu'aux citoyens consommateurs et pas aux êtres humains.

26-09-2021 14:20

Bien sûr que l'avenir de la France ne se jouera pas sur une histoire de prénom. Mais réduire Éric Zemmour à cette polémique est parfaitement injuste. Ses constats et ses analyses vont bien au delà. Attendons de voir ses propositions si il va à la présidentielle et alors nous pourrons juger.

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