Tribune

« Être heureux, voilà ce qui est important dans la vie ! » Hommage de Rafik Smati à Jacques Chirac

L'histoire se déroule au mois d'Août 2007. En vacances dans le Pays Basque, à Biarritz, je m'installe au comptoir d'un bar d'hôtel. Quelques instants plus tard, vient s'assoir à un mètre de moi un homme d'âge mûr dont le timbre de voix ne m'est pas inconnu. Il s'agit de Jacques Chirac.

C'est la première fois qu'il m'est donné l'occasion de le voir « en vrai », lui, l'homme politique charismatique qui a tant marqué mon jeune âge, et à qui j'ai donné ma voix en 1995, date de mon premier vote.

Nous sommes seulement trois mois après qu'il ait quitté l'Elysée. Jacques Chirac semble toutefois avoir conservé la flamme. Tout d'un coup, juste après avoir passé sa commande, il s'adresse à la serveuse, laquelle se tient de l'autre côté du bar : « Dites-moi, Mademoiselle, est-ce que vous êtes heureuse ? », lui demande-t-il. La jeune femme lui répond, très intimidée : « Oui, Monsieur le Président ».

Et là, tout d'un coup, Jacques Chirac fait un quart de tour dans ma direction, et s'adresse à moi, sans même me connaître : « Parce que voyez-vous, jeune homme, être heureux, voilà ce qui est important dans la vie ! C'est pour cela que quand j'étais à l'Elysée, j'ai fait de la lutte contre le cancer, le handicap, et la sécurité routière des priorités. Parce que ces drames de la vie affectent le bonheur des gens. Bien sûr, il y a le chômage, mais vous savez aussi bien que moi que nous avons peu de marges de manoeuvre. Ce qui compte, c'est d'accompagner les Français dans les moments les plus difficiles et les plus injustes de leur vie ».

Je n'ai plus jamais vu, ni recroisé Jacques Chirac. Mais cet échange m'a profondément touché. Il était tellement à l'image que je me faisais du personnage : un homme humain, doté d'une profonde empathie, qui s'inquiétait sincèrement du sort les gens.

Je tenais aujourd'hui à partager avec vous ce souvenir, qui restera à jamais gravé dans mon esprit.

Au revoir, Monsieur le Président.

Rafik Smati


2 commentaires

08-07-2021 16:37

Jacques CHIRAC, un homme politique sympathique. J'ai eu aussi l'occasion de lui parler quelques furtives secondes, de lui serrer la main. Il a dit son texte comme un slogan, sans nous écouter (je n'étais pas seul). Normal en si peu de temps. C'était tout a fait honorable que de vouloir le bonheur pour les autres. Mais dire en même temps qu'on ne peut rien pour l'emploi était déjà le signe d'une incapacité à faire en sorte que les choses changent alors que la planche pliait déjà bien fort. Certes l'argent ne fait pas le bonheur, mais dans une société où tout se paie, il faut bien un job pour gagner cet argent. M.SARKOZY nous a incité à nous lever gagnants tous les matins, sans rien faire de mieux pour l'emploi, les salaires. M.HOLLANDE a fait le mariage pour tous, d'abord. Comme si c'était plus urgent que l'emploi pour tous. M.ARNAULT, moteur de l'investissement et du luxe français, c'est un beau porte drapeau national, indéniablement, mais quelle redistribution en emplois et surtout en salaires ? La France crève des "politiques" qui rabâchent sur ce qu'ils sont en train de faire, ce qu'ils ont fait. Leurs "concurrents" pratiquent la critique systématique comme des enfants de CE2. Pitoyable. Chacun veut la place, à droite, à gauche. Mais qui pour fixer un cap franc, ferme, réaliste et s'y tenir ? Je crains qu'il n'y ait personne, limite logique de notre grande société d'extrémisme libéral. Le peuple "ordinaire" qu'on n'entend ni ne voit, regarde et se tait, ne vote plus. Passent en boucle à la TV quelques minorités (non contraintes par un handicap) qui hurlent et menacent pour un crédo qui ne concerne souvent qu'eux. Les scènes de rue évoque un mot : Chienlit Et c'est d'elle que pourrait naître une dictature.

26/09/2019 18:09:04

Une belle anecdote, un très bel hommage. Il se dit également qu'il s’enquérait du personnel de l'élysée, prenant des nouvelles de la famille de chacun. Il était sincère avec les gens ''simples'', qu'il aimait.

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