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Tribune

Suis-je devenu macroniste ?

En ces temps tourmentés, alors que la société française se fracture et que notre beau pays est traversé par le doute, je voudrais partager avec vous ces quelques pensées qui m’animent.

Je ne suis pas un politicien de carrière, mais un entrepreneur. Si je me suis engagé en politique, ce n’est pas pour plaire à une niche électorale ni pour courir après un quelconque poste, mais pour servir mon pays. Je mesure à quel point, en politique, cette liberté d’action et de ton est un privilège. Contrairement à beaucoup, je ne suis prisonnier d’aucun clan, d’aucune idéologie, d’aucun agenda personnel.

Cette liberté me permet de ne pas avoir à sombrer dans la radicalité qui s’est installée dans le débat public depuis plusieurs mois. Penser l’avenir de la France ne se fait pas à coup de slogans ni de grands principes. Cela exige au contraire de la complexité, de la hauteur de vue, et une vision à long terme.

J’aime la France. Profondément. Passionnément. Chaque jour qui passe, j’ai conscience de la chance d’avoir été accueilli dans cette terre de liberté et d’espérance. Bien que né de l’autre côté de la Méditerranée, j’ai fait miennes les racines de la France, sa culture, son histoire deux fois millénaire. Cet attachement viscéral à notre passé ne doit toutefois pas nous faire perdre de vue la nature profonde de ce qu’est la France, celle d’un pays en mouvement, qui s’est de tout temps nourri et enrichi de l’extérieur. Dans les mois qui viennent de s’écouler, certains ont voulu réduire le patriotisme à une nostalgie du passé, alors qu’il devrait être avant toute chose une promesse d’avenir.

Être patriote et aimer la France n’implique pas de renoncer à l’idéal européen. Au contraire, même : l’Europe est un levier de puissance et de grandeur pour la France. J’assume faire partie de la minorité qui, en 2005, a voté « Oui » au référendum sur l’Union européenne. Je suis critique envers l’institution européenne quand il le faut, mais je sais aussi me féliciter de ses victoires, comme récemment avec le vote du « Digital Markets Act », qui va porter un coup dur aux monopoles des GAFAM.

Bien que philosophiquement favorable à l’immigration (une nation qui ne se nourrit pas de l’extérieur finit toujours par s’éteindre), j’affirme que les conditions économiques et sociales de notre pays ainsi que la défaillance de notre modèle d’intégration ne permettent pas, à ce jour, de recourir à une politique d’immigration massive. La France doit pouvoir retrouver la maîtrise de ses flux migratoires, et les réduire pour un temps. Mais parce que les mots ont un sens, je réfute totalement le qualificatif honteux de « grand remplacement » utilisé par une partie de l’échiquier politique, lequel n’a pour effet que de fracturer davantage la société et de hisser l’immigration maghrébine en bouc émissaire de nos propres échecs.

Je suis un fervent défenseur de la laïcité. Je considère que les religions n’ont pas à s’immiscer dans la vie de la cité. Je combats tous les intégrismes, à commencer par l’islamisme. Toutes les dérives sectaires doivent être punies, sévèrement s’il le faut. Pour autant, n’en déplaise à certains, je ne ferai jamais d’amalgame entre l’islam et l’islamisme, entre les intégristes et les musulmans. Toutes les religions et ceux qui les pratiquent doivent être respectés. La France est grande parce qu’elle offre à l’ensemble de ses citoyens une liberté absolue de conscience. Tous ceux qui réfutent cette tolérance sont le plus souvent animés par des pulsions racistes et xénophobes, qui sont à l’antithèse de ce qu’est l’âme réelle de la France.

Au cours des cinq années qui viennent de s’écouler, j’ai parfois été sévère envers Emmanuel Macron. Je lui ai souvent reproché de ne pas aller plus vite et plus loin dans la réforme de l’action publique, seule susceptible de libérer le génie français. Le fait est que la sphère publique représente aujourd’hui environ 60% de notre PIB, et que la France est l’un des pays les plus fiscalisés du monde. La « bureaucratie féodale » que dénonçait Tocqueville est hélas bien ancrée dans notre pays, et elle doit être combattue. Toutefois, l’honnêteté intellectuelle me conduit à admettre qu’Emmanuel Macron a été, toutes proportions gardées, meilleur gestionnaire que ses prédécesseurs : durant son quinquennat, la dépense publique (hors covid) a augmenté en moyenne de 0,9% par an, alors qu’elle a augmenté de 1% par an sous le quinquennat Hollande, de 1,4% par an sous le quinquennat Sarkozy, et de 2,1% par an sous le second mandat Chirac. Oui, beaucoup reste à faire. Mais ces chiffres démontrent une chose : les vrais socialistes ne sont peut être pas ceux que l’on croit.

Les critiques, légitimes, que nous pouvons émettre à l’endroit d’Emmanuel Macron ne doivent pas occulter les vraies avancées de son quinquennat : je pense notamment à l’augmentation du budget des armées (+25% en cinq ans) et à celui de la justice (+30% en cinq ans), à la réforme de l’apprentissage qui a introduit un véritable changement de paradigme dans le marché du travail, à la baisse significative des impôts de production et de l'IS qui renforceront la compétitivité de nos entreprises, ou encore à la fin du tout plastique.

Durant ce quinquennat, j’ai souvent mentionné le manque de lisibilité de la politique énergétique menée par Emmanuel Macron. De la fermeture de Fessenheim à la fin du programme Astrid, j’ai toujours considéré que l’énergie nucléaire (fission et fusion) devait demeurer au coeur du mix énergétique français, au même titre que les énergies renouvelables. L'enjeu énergétique, du reste, n’est pas qu’un sujet industriel : c’est depuis toujours un marqueur civilisationnel. Chaque révolution industrielle est en effet associée à un changement de paradigme énérgétique. Nous y sommes. Il y a quelques mois, le Président annonçait enfin un plan de constructions de 6 réacteurs nucléaires (plus 8 en option). Certains auraient voulu que je m’en offusque. À quel titre ? Quand une décision est bonne, fut-elle tardive, je le dis, et parfois même, j’applaudis. Cela s’appelle la responsabilité.

J’ai aussi toujours défendu Emmanuel Macron dans ses rapports de force face à Poutine, à Trump, à Erdogan... Je porte en effet l’idée que quoi qu’il arrive, il est du devoir d’un citoyen français de soutenir l’action de son Président lorsqu’il est défié de l’étranger. Tous ceux qui se refusent à cet engagement patriotique pour des questions de politiques intérieures se trompent de combat, et affaiblissent la France.

Rien ni personne ne me détournera de la ligne que je défends depuis le lancement d’Objectif France, et même bien avant à travers les livres que j’ai publiés. Je ne sombrerai dans aucune radicalité. Je maintiendrai toujours cette ligne d’équilibre entre l’ordre et l’espoir, entre le passé et l’avenir, entre les racines et les ailes.

Cervantès a écrit que « la liberté est l’un des dons les plus précieux que le ciel ait fait aux hommes ». J’ai la chance d’agir en politique en homme libre, guidé uniquement par ce que je crois être l’intérêt de mon pays. À ceux qui me demandent ce qu’Emmanuel Macron m’a promis, je réponds ceci : Rien. Pour autant, je m’apprête à voter pour lui. Sans hésitation. Suis-je devenu « macroniste » ? Non. Pas plus que je ne suis Gaulliste, Chiraquien, Filloniste ou que sais-je encore. Je ne me revendique d’aucune ligne politique, si ce n’est de celle qui est le fruit de mon expérience et de ma pensée.

Certains ont imaginé, sans doute du fait de mon amour assumé de la France, que j’aurai pu suivre un autre chemin. C’était mal me connaître. Je prône depuis toujours le dépassement des clivages, la modernité enracinée, le génie entrepreneurial français, une vision d’avenir autour de l’esprit de conquête, et une fraternité retrouvée. Et cela, je le retrouve aujourd’hui infiniment plus chez Emmanuel Macron que chez sa concurrente.

Les mois qui sont devant nous seront difficiles pour la France. Notre pays a plus que jamais besoin d’unité, de concorde, et d’audace. Vous pouvez compter sur moi, à la place qui est la mienne, pour m’y employer de toutes mes forces.

Rafik Smati

9 commentaires

19-04-2022 22:22

Ce rafic Smati dit des choses intéressantes et je le dis parfois meme brillante seulement je ne comprend pas pourquoi il donne son avis sur la politique de la France. Qu’il retourne dans son pays où il sera plus utile. la FRANCE n’a pas besoin de lui nous avons suffisamment de gens capables de nous gouverner voilà

19-04-2022 06:10

Monsieur Smati je vous suis les réseaux depuis longtemps et je suis adhérente d’Objectif France qui j’espère sera demain une voie Vous êtes vraiment un homme bien et vos idées sont en harmonie avec ce que je pense Dimanche prochain je suis encore indécise et j’avoue que m’abstenir me tente. J’ai voté Emmanuel Macron en 2017 et vraiment je n’ai pas envie de recommencer son arrogance et son manque de conviction m’exaspère Il est capable de dire tout et son contraire de promettre une chose et de faire l’inverse !

18-04-2022 15:59

Nous parlions ce midi lors d’un déjeuner de famille de la cacofonie de cette campagne présidentielle.. Heureusement il y a des individus comme Rafik Smati qui ont l intelligence de ne pas tomber dans le piège de la caricature. Beaucoup sont ceux qui ralent mais peu sont comme monsieur Smati et ses amis a réellement travailler pour notre avenir et celui de nos enfants

18-04-2022 13:09

Rafik Smati est ce que j appelle un OPNI un objet politique non identifié.... Il est l un des seuls politiques si ce n est le seul a parler de l avenir. Il fait preuve d une constance a toute épreuve rare en politique. Il sait mettre de la nuance ce qui est rare aussi. Meme moi qui ne suis pas du tout macroniste comprend sa démarche et je l approuve

18-04-2022 06:08

J’attendais ce message de votre part avec impatience. Je n’avais pas envie de voter Macron mais je le ferai finalement. Vos arguments m ont convaincus

17-04-2022 20:06

Rafik Smati est une lueur de bon sens. Un homme qui plutôt que d’aboyer préfère s’engager. Respect

17-04-2022 18:07

Je vous suis depuis presque vos débuts et alors que peu de français vous connaissaient, en lisant votre petit opuscule ci dessus j’ai compris vitre position cependant vous ne parlez pas de ce qui m’a personnellement choqué sur la gouvernance de Macron : c’est tout ce qui est décidé en opposition aux idées que je pensais que vous défendiez sur l’organisation de la famille, sur le genre et son enseignement en écoles, sur la GPA et la PMA pour les couples non mariés ou les couples de femmes ou d’hommes etc …. Lorsqu’on voit ce que les enfants souffrent en Ukraine alors qu’ils ne peuvent rejoindre les familles qui les ont adoptés …… et au moment du Covid les mêmes problèmes ont été trouvés avec les pays qui fermaient leurs frontières ……

17-04-2022 17:46

J’ai découvert rafik smati très récemment, 2 mois environ et je suis conquise par son action et sa vision. Le choix qu’il fait pour ce deuxième tour des présidentielles est logique. Je n imagine pas une seconde qu’il aurait pu en être autrement!! J’espère que sa voix sera bien plus entendu qu elle ne l’est!

17-04-2022 17:03

Bravo monsieur pour votre hauteur de vue et votre vision… si rare de nos jours!!

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